183 vues

Dossier / Surveillance et correction des examens de fin d’année dans l’enseignement secondaire au Bénin : sources de conflits permanents entre Chefs d’établissements et enseignants

La direction des examens et concours et celle de l’office du baccalauréat organisent à la fin de chaque année scolaire les examens du Brevet d’étude du premier cycle (Bepc)...

La direction des examens et concours et celle de l’office du baccalauréat organisent à la fin de chaque année scolaire les examens du Brevet d’étude du premier cycle (Bepc) et du Baccalauréat. Ces deux examens nécessitent  d’importantes ressources à la fois matérielles, financières et humaines. Si, ce sont les agents du ministère de l’enseignement secondaire qui sont exclusivement sollicités pour les étapes de la surveillance et de la correction des copies, ces opérations ne se déroulent  jamais sans  laisser derrière elles des mini-crises qui rongent à petit feu l’école béninoise.

 

Quid des activités de surveillance et de correction et des crises enseignants-chefs d’établissements ?

 

L’étape de la surveillance des candidats aux examens du Bepc et du Bac et celle de la correction des copies des candidats laissent des séquelles aux niveaux des enseignants du secondaire. Certains enseignants mettent du temps avant de mettre une croix sur la question et, parfois, après avoir quitté le poste où ils estiment qu’ils ne sont pas considérés à juste valeur. Parmi eux, nous avons T.B., enseignant des sciences physiques, chimie et technologie (Spct) et contractuel de l’État qui témoigne d’avoir servi pendant des années sous un directeur qui n’a jamais songer l’envoyer pour la correction du Bepc encore moins du baccalauréat. A l’en croire, son chef hiérarchique adoptait une politique discriminatoire sur la proposition des correcteurs pour le Bepc. « Il ne propose que ses amis. Il ne tient pas compte de l’ancienneté ou des grades. Il ne pense qu’à ses intérêts et de ceux de ses protégés », fait savoir l’enseignant. Pour donc se soustraire d’une telle discrimination, le professeur n’a eu que pour seule option de solliciter une mutation et se séparer de son directeur. Un autre enseignant nous confie avoir eu de petites mésentente avec ses chefs hiérarchiques. « J’ai dû faire du bruit.  Il m’a appelé pour me présenter ses excuses. Bien que je sois A.e (Animateur d’Établissement), il estime que c’est de l’oubli.»

De son côté, Robert Amon, membre du Bureau du collectif des chefs d’établissements du Borgou  explique, au cours d’un entretien privé, qu’il ne s’agit pas de la méchanceté ou de la discrimination lorsque des situations pareilles se posent. Selon lui, la moralité fait partie des critères qu’il faut examiner pour proposer un professeur. Selon lui, cet aspect relève de la discrétion des chefs d’établissements. Il ajoute que la désignation des surveillants et correcteurs ne dépend pas des directeurs de collèges mais ceux-ci ne font que des propositions sous l’œil vigilent des syndicalistes en poste dans d’établissement. Le chef service des examens et concours du Borgou, Seïdou Awali confirme cette position et ajoute que le processus de désignation des surveillants et correcteurs pour les examens qu’organise le ministère de l’enseignement suit une orthodoxie qui ne permet pas de faire de la discrimination. Il reconnait par ailleurs que tout le monde ne peut être servi au même moment.

 

Causes des ces tensions

 

Le dessous de la lutte acharnée autour de ces activités n’est rien d’autre que le gain du nerf de la guerre, l’argent ! La surveillance et la correction des copies à la faveur des examens du Bepc et du Bac sont des activités régaliennes du ministère de l’enseignement secondaire qui font gagner un peu d’argent aux enseignants. Comme l’explique Yarou Zoubérou, les primes de surveillance et de correction sont très prisées. « Il y a des collègues qui font des programmes sur ces sous sans savoir si oui ou non, ils participeront aux travaux», a-t-il dit. Un autre d’expliquer que l’enseignant est un fonctionnaire qui a très peu de primes au Bénin. Selon lui, c’est la raison qui fait que tout le monde court derrière les travaux de fin d’année.

 

Des conséquences…

 

Tout le monde connait l’adage: «Quand des éléphants se battent, ce sont les herbes qui en pâtissent». C’est exactement ce qui se passe dans les écoles. C’est à dire, ceux qui souffrent le plus de ces querelles liées à l’argent des travaux de fin d’année sont les élèves. D’après nos investigations, les enseignants qui s’estiment lésés deviennent un peu ‘’rebelles’’ vis-à-vis de leur chef hiérarchique et refusent désormais de garder des classes d’examens. On a encore en mémoire ce collectif de professeurs de mathématiques, titulaires de Brevet d’aptitude professorale de l’enseignement du secondaire (Bapes) qui ont refusé de prendre des classes du second cycle en 2017 parce qu’ils n’avaient pas été acceptés pour la correction des copies du Bac 2017 pour raison de profil. Des classes de terminales étaient restées des semaines durant sans professeur de mathématiques. Ce qui malheureusement agit sur les résultats scolaires. Sabi Fousséni, rencontré au Ceg Hubert Maga ironise, « Les Anglais disent no contribution, no drink. Chez nous, c’est no drink, no contribution ».

Tous les enseignants interrogés estiment que lorsqu’on garde une classe d’examen, on a non seulement l’obligation de finir le programme mais on a surtout l’obligation de bien finir. Ainsi, garder une classe d’examens c’est accepter faire d’énormes sacrifices. Des sacrifices qui ne sont reconnus à juste titre.

 

Des vacataires ou des éternels soumis…

 

Rentrée scolaire 2017-2018. Les professeurs titulaires du Brevet d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire (Bapes) refusent de prendre les classes du second cycle. Raison, ils ont été exclus des travaux de correction de Bac de l’année scolaire précédente. Si les actions de ce collectif ont eu un écho à l’époque, Mora Koto, un professeur vacataire avance que rien ne se passerait s’il s’agissait des vacataires. Sans statut, les règles semblent être plus exigeantes à leur niveau et ils sont contraints de tout accepter, sans broncher.

D’abord, le chef service des examens et concours du Borgou, Seïdou Awali, a expliqué que pour un même diplôme, l’ancienneté exigée, pour être apte pour la correction du Bepc et du Bac, chez un vacataire est plus grande que celle d’un agent contractuel ou permanent de l’État. Il explique, que « pour être membre du jury de correction, il faut avoir une ancienneté dans la classe de troisième d’au moins deux années consécutives pour les professeurs qualifiés (Ape et Ace), de trois années au moins pour les professeurs non qualifiés (Ape et Ace) et de cinq années au moins pour les vacataires sérieux». On note une grande similitude avec le Bac. Ensuite, le professeur vacataire ne peut refuser une classe d’examen sous prétexte qu’il n’a pas bénéficié de la manne financière des travaux d’examens. D’après Mora Koto, un vacataire qui tentera d’opposer un refus à ce que le directeur des études lui tend, on lui dira tout simplement, « Tu cherches du boulot et tu te permets de refuser ce qu’on te donne. Laisse. Les gens attendent».

 

Du processus de désignation des surveillants et des correcteurs…

 

Selon Seïdou Awali, Chef service des examens et concours du Borgou, les membres des jurys des différentes commissions de l’examen du Bepc et du Bac sont proposés par les directeurs départementaux de l’enseignement secondaire à la signature du directeur des examens et concours et/ou du directeur de l’office du baccalauréat. Chaque année, sur instruction du directeur des examens et concours et de celui de l’office du Bac, des directeurs départementaux demandent aux chefs d’établissements de l’enseignement secondaire public et privé de leur faire parvenir la liste des enseignants susceptibles de prendre part aux travaux de surveillance et de correction des examens. Ces propositions se font avec l’aval des représentants ou des responsables syndicaux des enseignants. Les listes proposées sont d’abord validées au niveau des directions départementales en présence du directeur départemental et trois (03) de ses collaborateurs, de l’Inspecteur pédagogique délégué, du chef service des examens et concours du département, du chef service de l’enseignement secondaire général, du chef du secrétariat de la direction, du chef service financier, de cinq (05) représentants syndicaux( jury de surveillance) ou sept (07) représentants syndicaux (Jury de correction) et des représentants des chefs d’établissements privés et publics.  En ce qui concerne la correction, le comité doit avoir en son sein un conseiller pédagogique par discipline. La liste enfin retenue est soumise à une vérification lors de la séance nationale de validation et signée par le Directeur des examens et concours et/ou le Directeur de l’office du baccalauréat. Il a profité pour lever cette équivoque, « Ceux qui estiment que c’est la direction ou que ce sont les syndicats qui imposent les listes sont dans le faux». Une remarque que valide Rachidi Karimou, président de l’intersyndical des enseignants du Borgou.

 

Kassim MAMA

Categories
Dossier
2 Commenter cet article.
  • aziz
    21 janvier 2019 at 10 h 17 min
    Laisser une réponse

    Félicitations pour ce bon dossier

    • Fataou BIO MAKO
      21 janvier 2019 at 12 h 30 min
      Laisser une réponse

      Hi. bonjour Monsieur Aziz et merci pour la lecture

    Laisser une réponse

    *

    *

    ARTICLES SIMILAIRES