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Faits insolites dans la commune de Péhunco : Pratique de ‘’chasse aux sorciers’’

  (Des dégâts matériels en silence, brisure du tissu social)  Deux nouveaux morts suite à des vindictes populaires, des maisons brûlées, des liens de familles brisés et des capitaux...

 

(Des dégâts matériels en silence, brisure du tissu social)

 Deux nouveaux morts suite à des vindictes populaires, des maisons brûlées, des liens de familles brisés et des capitaux qui fuient la commune par crainte de représailles. C’est le récent bilan de la ‘’chasse aux sorciers’’ qui se mène sur fond de charlatanisme dans la commune de Péhunco ces dernières semaines.

En effet, bien avant les événements de 2014 qui ont occasionné des morts, l’arrestation de près d’une demi-dizaine de personnes et d’importants dégâts matériels, la commune de Péhunco est devenue l’épicentre d’une véritable lutte contre la sorcellerie, dans le département de l’Atacora. Après un  apparent cessez-le-feu de quelques mois,  les vieux démons de la ‘’chasse aux sorciers’’ ont repris service avec la réapparition des marabouts exorcistes à Ouassa-Maro et à Gonri, deux villages de la commune.

Ces marabouts, très influents, sont sollicités par la population pour le traitement des maladies jugées d’origines mystiques. Selon des témoignages, c’est lors du traitement des malades que des révélations sont faites. Des révélations selon lesquels se sont des sorciers ou plus précisément des membres de sectes ésotériques destinés à se faire d’argent en toute facilité qui attaquent, par des voies occultes, des âmes humaines. Ce qui justifierait alors les cas de maladies.

Pour soigner le mal, d’après la pratique, il faut donc non seulement traiter le porteur de l’âme attaquée mais aussi et surtout purifier le sorcier. C’est surtout cette dernière étape qui déclenche des scènes de violence. L’accusé est généralement fouetté lors de sa purification ou lorsqu’il s’y oppose, il risque de subir les représailles de la société. Celles-ci peuvent être sa mise en quarantaine ou dans le cas extrême, ses biens sont saccagés ou encore lui-même peut être physiquement tué par  vindicte populaire. Ce fut le cas en début de cette année où la maison d’un prétendu sorcier fut brûlée à Bouérou, dans l’arrondissement de Péhunco, et une jeune dame tuée au cours d’une vindicte populaire à Bonigourou, dans l’arrondissement de Gnèmasson. En titre de représailles de la mort de cette femme, un ressortissant de ce village fut égorgé par des habitants de Béké, le village d’origine de la femme victime de vindicte populaire à Bonigourou.

Des dégâts en silence

En dehors des scènes de violence physiques qu’on enregistre dans cette ‘’chasse aux sorciers’’ il a des liens de familles qui sont brisés. Selon Alassane Mohamed, membre du conseil communal,  il y a des couples qui se sont séparés et des frères qui ne se saluent plus depuis l’apparition des marabouts exorcistes. «Nous connaissons actuellement des femmes abandonnées par leurs époux par le simple fait qu’elles sont accusées de sorcellerie. Nous avons aussi des familles où des frères ne se disent plus bonjour par le fait que l’un pense réellement que l’autre se sert de son âme pour s’enrichir au moment où lui,  il ne fait que souffrir », a-t-il témoigné. Il ajoute aussi que cette chasse aux sorciers fait également fuir des opérateurs économiques qui peuvent réellement participer au développement local de la commune. «Les gens ont aujourd’hui peur d’investir par crainte d’être taxé de sorcier ». Il estime enfin que tout le monde a la chaire de poule parce que la méfiance s’est installée dans tous les esprits.

Des positions tranchées et des autorités dépassées

Ouassa-Maro, le 12 janvier 2020. Nous assistons à une séance de délivrance et de purification d’un prétendu sorcier chez celui qu’on appelle Soul, l’un de ces marabouts exorcistes de la commune.

Ce jour là, les choses sont allées très vite. Un simple regard sur l’accusé a juste suffit pour qu’il soit reconnu coupable et condamné à prendre un bain de purification pendant 7 jours. Les explications données par le marabout à l’accusé et au même moment à nous-mêmes n’ont pas été suffisantes pour que nous comprenions comment fonctionne la procédure. Selon lui,  les pouvoirs dont il dispose lui permettent de savoir qui est sorcier et qui ne l’est pas.  Il ajoute qu’il est même capable de donner le nombre de victimes que le sorcier a déjà faites.

Quelques minutes plus tard, nous rencontrons, pour un tête à tête, le supposé sorcier. De notre entretien, il ressort que c’est les menaces qui l’ont poussé à ne pas s’opposer aux injonctions du marabout. «Si c’est le sacrifice qu’il faut faire pour que je retrouve la paix et que la paix revienne à la maison, je ne pense pas que cela soit assez», a-t-il conclut.

Tout comme lui, de nombreux prétendus sorciers que nous avons rencontrés estiment qu’ils ne se reprochent rien. Ils pensent plutôt qu’ils sont victimes de la méchanceté et de la jalousie. Parmi eux, Bata Bouya de Bouérou qui explique qu’elle a effectué un prêt dans une structure de micro finance pour faire du commerce. «Actuellement, je suis endettée. Je ne comprends pas comment les gens peuvent penser que mon fond de commerce vient d’une secte de sorciers», se désole-t-elle.

Ces explications semblent ne pas convaincre leurs détracteurs qui croient dure que les prêts au niveau des banques sont des prétextes pour couvrir la vraie source de biens matériels de ceux-ci et qu’il existe suffisamment de preuves qui les contrarient. «Pourquoi ils n’arrivent pas à nier devant Soul à Ouassa-Maro », s’interroge Issiaka, un jeune habitants la ville de Péhunco.

Ainsi, chacun croit avoir raison et il devient difficile de faire bouger les lignes. Ce qui rend également impossible toute tentative de médiation.

Les autorités communales qui se sont trouvées, malgré elles, entre le marteau et l’enclume n’arrivent même plus à calmer l’ardeur des uns et des autres et le maire Maman Inoussa Mohamed fut contraint de lancer, à plusieurs reprises, un appel à l’endroit du préfet de l’Atacora pour qu’une solution soit trouvée à ce problème qui tue à petit feu sa commune.

Kassim MAMA

 

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Un Commentaire
  • Culture : Le musée de plein air de Parakou en souffrance – La Perche du Nord
    18 février 2020 at 8 h 57 min
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